Randonnée raquettes vers le Col du Grand Saint-Bernard (Suisse/Italie)

Grand Saint-Bernard, 1000 ans d’histoires et de légendes

Le Grand Saint-Bernard rayonne depuis mille ans dans toute l’Europe. L’hospice, qui est perché à 2500 mètres à la frontière entre la Suisse et l’Italie, apaise depuis toujours la détresse des voyageurs pris dans la neige et le froid. Les chanoines qui le font vivre en font un lieu d’accueil privilégié, et ce, malgré l’ouverture en 1964 du tunnel du Grand St-Bernard, rendant inutile le passage par le col.

saint-bernardEn 1050, Bernard de Menthon, alors archidiacre d’Aoste, est ému par la détresse des voyageurs exposés aux intempéries, aux avalanches et aux brigands sur le col (alors nommé Mont-Joux) et décide d’y fonder un hospice. L’endroit y était alors si dangereux que la légende affirme qu’un diable y vivait et avalait un pèlerin sur dix tentant de traverser le col. Bernard de Menthon, qui sera inscrit au Livre des Saints en 1123, parvint à y construire un lieu d’assistance où règne désormais la règle de Saint-Bernard : « Nous vénérons le Seigneur et venons en aide à tout voyageur dans le besoin. Notre règle dit que chacun recevra un quart de pain, une demi-livre de fromage, un verre de vin et une soupe. »
Saint- Bernard sera nommé saint patron des alpinistes en 1923 par Pie XI, lui-même alpiniste chevronné.

Inlassablement, les chanoines se sont succédé pour offrir aux passants un abri, de la chaleur et un bon repas.
C’est ainsi qu’en mai 1800, les chanoines nourrirent les 46000 soldats de Bonaparte, lorsque celui-ci décida de traverser le col avec 7000 chevaux et 60 canons. Un défilé d’uniformes bleus se succéda pendant 9 jours, et consomma plus de 16000 bouteilles de vin et 2600 livres de fromage. La légende montre Bonaparte passant le col sur son cheval blanc, mais c’est à dos de mulet qu’il dût avancer, le cheval n’étant pas un animal capable de marcher dans la neige. Mulet qui le précipita d’ailleurs presque dans le ravin…

chiens-saint-bernardC’est également ici qu’est née au 18è siècle la mythique race des saint-bernard, chiens vaillants traçant le chemin dans la montagne enneigée et capable de retrouver l’hospice dans le brouillard ou la tempête. Certains étaient dressés pour le sauvetage mais il n’était pas rare de retrouver des corps humains à la fonte des neiges. Plus de 150 victimes ont ainsi été retrouvées dans la chapelle aux morts, située à l’extérieur de l’hospice, que l’on pouvait encore visiter au début du 20è siècle (elle fut scellée et interdite d’accès en 1936).
Je vais certainement en décevoir plus d’un mais… le petit tonneau au cou des chiens n’a en réalité jamais renfermé d’eau-de-vie, juste une couverture !

Le lieu est devenu une destination touristique estivale à partir de l’ouverture de la route en 1905.

L’Hospice du Grand Saint-Bernard aujourd’hui

Aujourd’hui, une communauté religieuse de 5 personnes vit à l’hospice du Grand Saint-Bernard tout au long de l’année, ce qui en fait le lieu habité à l’année le plus haut d’Europe.
La réalisation du tunnel en 1964 a été un bouleversement pour la communauté de chanoines.
Elle a heureusement su s’adapter : l’hospice est devenu un lieu de spiritualité mais aussi un gîte pour les randonneurs et skieurs souhaitant profiter du calme et de la beauté de ces montagnes. Les chiens sont redescendus dans la vallée. Ils sont désormais la propriété de la fondation Barry, leur élevage étant devenu règlementairement trop contraignant et leur aide moins nécessaire.

Plus de 11000 visiteurs séjournent chaque année à l’hospice. La route du col est fermée de novembre à juin et l’unique moyen de s’y rendre est alors le ski de randonnée ou la raquette à neige.
Les chanoines organisent des retraites à peaux de phoque : « négocier la piste pentue prend quelques heures, ce qui permet au frère guide d’égrener quelques paraboles en chemin. »

grand-saint-bernard-hiver

Randonnée raquettes jusqu’au col du Grand Saint-Bernard

Accès : en train jusqu’Orsières (via Martigny), puis en bus jusqu’au Bourg Saint-Bernard. Pour rejoindre Martigny, 2 possibilités depuis la France : par Genève, ou par Chamonix par le « Mont-Blanc Express« .
Attention : durant l’hiver, Bourg Saint-Bernard (ou Super Saint-Bernard, domaine de ski fermé en 2010) n’est pas toujours desservi. Possibilité de s’arrêter à Bourg Saint-Pierre et continuer en auto-stop ou en raquettes (6,5 km).
Départ : Bourg Saint-Bernard (1927m)
Arrivée : Hospice du Grand Saint-Bernard (2473m)
Dénivelé : environ 700 mètres
Durée : 2 heures
Date : 29 décembre 2013

grand-saint-bernard-itinerairegrand-saint-bernard-chaletDescription : On suit dans un premier temps la route du col jusqu’à un petit chalet. On remonte ensuite la Combe des Morts, ainsi appelée en référence aux nombreuses victimes des intempéries n’ayant pas réussi à rejoindre l’hospice (18è et 19è siècle). Gare aux avalanches dans ce passage qui est entouré d’une vingtaine de couloirs : prévoir DVA, pelles et sondes.
Par beau temps, on aperçoit l’hospice environ 300 mètres avant l’arrivée. De nuit, un lampadaire permet de repérer l’emplacement. On atteint finalement le col après environ 2 heures de marche ou de glisse (la plupart des gens montent à skis).

Le lieu est très joli, situé près d’un lac gelé, à la frontière italienne (tour du lac en 30 minutes). L’accueil à l’hospice est chaleureux. Après avoir laissé le matériel au vestiaire et chaussé les crocs mis à disposition, nous dégustons un thé chaud dans le réfectoire commun. Les repas sont servis à heure fixe et identiques pour tous, les douches ne sont pas privatives, mais à part ça, on se croirait presqu’à l’hôtel (possibilité de dormir en chambre ou en dortoir). Le réveil en chants religieux à 7h30 nous rappelle que nous sommes dans un monastère…

grand-saint-bernard-vue

Informations utiles :
 Passer une nuit à Liddes en arrivant pour faire l’ascension du col dans la matinée suivante. Liddes est un village authentique de 750 habitants, dans lequel les raccards (greniers) ont été préservés et parfois convertis en maison. Son église paroissiale, constamment ouverte, vaut également le coup d’œil et a longtemps contribué à l’hospitalité des voyageurs exercée sur le col.
Très bon accueil à l’Auberge des Alpes (chambre double confortable à 115 CHF).
Equipements indispensables : vêtements chauds, 2 paires de gant, 2 paires de chaussettes, raquettes et bâtons, altimètre, lunettes de soleil, cagoule canadienne, DVA, pelle et sonde, carte de randonnée, carte d’identité, carte d’assurance européenne, appareil photos.
  Horaires de l’hospice : 7h30 Réveil en musique – 8h Petit Déjeuner – 12h Déjeuner – 19h15 Dîner
Facultatif : 7h15 Prière du matin – 11h50 Prière du midi – 17h30 Eucharistie et Vêpres – 21h Prière de Complies
la collecte des poubelles vers la vallée n’ayant pas lieu en hiver (prochain camion prévu fin juin), il est demandé aux hôtes de redescendre si possible avec une poubelle sur le dos!
Budget (3 jours  tout compris depuis Lyon) : environ 200 euros/personne.

Plus d’information sur l’hospice sur le site internet du Grand Saint-Bernard.

Autres destinations coup de cœur en raquettes à neige :
Randonnée raquettes et nuit en refuge (secret spot)
• Chartreuse : randonnée hivernale au Mont Granier

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A propos de l'auteur  ⁄ celine

Auteur et rédactrice du blog de voyages nature Globetrekkeuse, je parcours les sentiers du monde et partage mon expérience avec tous les amoureux de nature. Rejoignez-moi sur mon profil Facebook

6 Commentaires

  • Répondre
    25 février 2014

    Je suis monté ce week end à l’hospice et j’y ai vraiment ressenti ce que tu décris. La monté fût relativement facile. En haut, l’accueil fût formidable et, si je peut me permettre un jeux de mots, nous étions aux anges.
    Cyril Articles récents…Monter au Col du grand Saint Bernard en raquettesMy Profile

    • Répondre
      celine Auteur
      25 février 2014

      J’ai prévu d’y retourner cet été pour comparer les paysages et l’ambiance hiver/été. A suivre donc…

  • Répondre
    12 février 2015

    Ah le mythe de l’eau de vie dans le tonneau du Saint Bernard … je me demande d’où il provient. Sinon la balade en raquettes dont tu parles a l’air bien sympa à faire 😉
    Christophe@LesVadrouilleurs Articles récents…Plutôt marche que ski ? Essayez donc la balade en raquettes !My Profile

  • Répondre
    Lionel
    17 mars 2016

    Bonjour,
    J’aimerai bien monter en raquettes à l’Hospice du grand saint Bernard à Pâques, mais je n’ai pas de DVA et de matériel pour la recherche en cas d’avalanche!
    Je recherche une possibilité de me joindre à quelqu’un ou groupe qui ferai la montée avec moi!
    Alors peut être le plaisir de vous rencontrer bientôt!
    Lionel Zeller

    • Répondre
      celine Auteur
      17 mars 2016

      Bonjour Lionel,
      Tu dois pouvoir louer DVA, sonde et pelle dans les magasins de montagne. Mais bien-sûr, il te faut trouver un coéquipier pour assurer ta sécurité !
      Bonne randonnée, c’est un endroit magique.

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