Ma rencontre avec une cabine téléphonique vorace à Puerto Natales

Puerto Natales est une étape obligée vers le Parc Torres del Paine chilien, nécessaire à la préparation de mon trek de quelques jours dans cet immense espace sauvage.

puerto natales gtk

C’est une ville à l’aspect un peu far-west et ce fut pour moi la ville de toutes les frayeurs à cause d’une cabine téléphonique gloutonne :
– « Tiens, tiens, une petite carte bleue française, et si j’en faisais mon 4 heures…»
Et voilà la carte avalée en une poignée de secondes sans que je ne puisse réagir.
Voyageant seule, sans téléphone et avec une unique carte bleue comme moyen de paiement (inconsciente et naïve ? peut-être un peu je l’avoue), me voilà mise à nue, quelques pesos dans la poche et soudainement très seule au Monde !

Plusieurs choix s’offrent à moi :
• passer mes nerfs sur la cabine et lui ouvrir les entrailles,
• pleurer un bon coup en espérant un miracle (ça a déjà fait ses preuves mais ça, c’est une autre histoire…),
• appeler à l’aide, mais qui?  Quíen ? 

Ayúdame ! Au secours ! Help !
Hilfe ! Hjalp ! Помогите !
(et bien oui, on ne sait jamais quel touriste passe par ce bout du monde 😉 )

J’essaie de reprendre mes esprits…
Où vais-je bien pouvoir dormir et manger ? Me donnera t-on l’hospitalité quelques jours ? Comment vais-je pouvoir prendre contact avec un éventuel sauveur ? Comment utiliser judicieusement mes derniers pesos ? Utiliser skype pour demander de l’aide ? Et si personne n’est connecté en ce moment ? Quelle heure est-il en France ? Mince, ils sont tous en train de dormir…
Il ne me faut que quelques minutes pour envisager tous les cas de figure possibles et conclure que je ne dois compter que sur moi-même pour me sortir de ce mauvais pas.

Un peu par désespoir, je l’avoue, j’appelle le numéro d’urgence inscrit sur la cabine.
Je tombe sur une opératrice chilienne basée à Santiago, soit à plus de 3000 km de Puerto Natales ! Malgré sa bonne volonté sincère, mon interlocutrice a bien du mal à comprendre où je me trouve et comment j’ai pu tomber sur la seule cabine dévoreuse de carte de tout le pays. Après vingt minutes d’échange, j’ai l’impression d’être de plus en plus confuse et de ne plus parler un seul mot compréhensible ni en espagnol, ni en anglais, ni en français !
Rien à faire, la courageuse interlocutrice jette l’éponge mais m’assure que l’on viendra me dépanner.

 – « ¿ Cuál es su número telefónico? »
Mon numéro de téléphone? Mais je n’en ai pas, sinon, je n’aurais pas essayé d’appeler à partir de cette satanée cabine !!
Je raccroche et m’assois aux pieds de la cabine, quelque peu désespérée…
Après 45 minutes d’attente, ma patience a atteint ses limites. J’opte finalement pour la 1ère solution : détruire la cabine à coups de couteau suisse pour qu’elle me rende ce qui m’appartient ! 

phone urgence

J’en oublie les quelques passants éventuels qui peuvent me surprendre et entends soudainement une voix derrière moi.
– « Hola. Que quieres hacer ? »
Mince, prise en flagrant délit de vandalisme. Quelle est la punition au Chili pour les voyous : amende, emprisonnement, peut-être même qu’on leur coupe la main pour ne pas qu’ils recommencent (3 ans d’expatriation en Chine, ça marque les esprits…).
1 mois après mon départ, mon voyage risque de s’achever précipitamment
– « Euh…. Estoy francesa y… bueno… » (Traduction : « Je suis française et euh…bah…, » bref je bafouille)
– « ………propritario….tarjeta….agente de servicio… » (Traduction : propriétaire…carte…agent de service…)
Je ne comprends pas grand chose. Est-ce dû à son accent ou à mon état de stress ? Que veut cet homme? Me faire la morale, m’arrêter ou me voler les quelques pesos qu’il me reste ?
– « Euh…si. Mi tarjeta visa esta en la cabina…», essaie-je de me défendre .

A ce moment, magie de la Patagonie : l’homme sort une clef, ouvre la cabine et me rend ma carte !
J’en reste muette un moment, avant de laisser éclater ma joie. Mon sauveur, technicien de la compagnie de télécommunication chilienne, n’en revient pas de me voir si euphorique et j’essaie de lui expliquer que ce type de dépannage relèverait du miracle dans mon pays 😉 .

Je lui offre un coup à boire et nous échangeons sur nos différences de culture avant de conclure :

 « Ni mejor, ni peor, solo diferentes ! »
« Ni
mieux, ni pire, juste différents ! »

puerto natales village gtk

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